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Éco : Pourquoi la monnaie unique ouest-africaine risque de patiner à nouveau

Annoncée pour l’horizon 2027 sous l’impulsion du président ivoirien Alassane Ouattara, la relance du projet de monnaie unique ouest-africaine, l’éco, est une nouvelle fois présentée comme le levier ultime de l’intégration régionale. Toutefois, derrière cette nouvelle échéance affichée se pose une question de fond. La CEDEAO pose-t-elle réellement les bases économiques d’une union monétaire viable, ou cherche-t-elle avant tout à raviver, sur le plan politique, un projet qui peine depuis plus de vingt ans à sortir du stade des intentions ?

Une chronique des reports et une faiblesse commerciale structurelle

​Depuis son lancement officiel, l’éco a accumulé les rendez-vous manqués, connaissant des reports successifs en 2009, 2015, 2020 et désormais 2027. Cette succession d’échéances repoussées démontre que les économies ouest-africaines n’ont jamais atteint le degré de convergence indispensable pour soutenir durablement une monnaie commune.

​Le premier paradoxe réside dans la faiblesse des échanges interrégionaux. Alors qu’une monnaie unique tire sa légitimité de l’intensité du commerce entre ses membres, le commerce intra-CEDEAO ne représente qu’environ 15 % des échanges globaux de la zone. Les 85 % restants s’effectuent avec des partenaires extérieurs tels que l’Europe, la Chine, l’Inde et les États-Unis. Le véritable obstacle n’est donc pas l’absence d’une devise commune, mais l’insuffisance du tissu industriel, la fragilité des chaînes de valeur régionales et une dépendance persistante aux exportations de matières premières.

Des critères de convergence inatteignables et l’absence de mécanismes de solidarité

​La seconde contradiction majeure tient au respect des critères de convergence imposés par la CEDEAO, notamment un déficit public inférieur à 3 % du PIB, une inflation maîtrisée, une dette soutenable et des réserves de change suffisantes. Après plus de deux décennies de préparatifs, la majorité des États membres continue d’échouer à respecter ces exigences de manière pérenne, rendant illusoire la création d’une monnaie solide.

​La théorie des zones monétaires optimales rappelle qu’une union monétaire ne peut se décréter par la seule volonté politique. Elle exige une forte mobilité des facteurs économiques, une intégration profonde des marchés et des mécanismes de solidarité capables d’amortir les chocs assymétriques. Ne disposant ni d’un budget fédéral, ni d’un dispositif conséquent de transferts financiers, ni d’une gouvernance économique forte, la CEDEAO confirme que l’agenda de l’éco relève davantage de la communication politique que d’une véritable stratégie d’intégration économique communautaire.

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